Petite histoire de Pontorson
Un chef normand et un pont
Pontorson doit son nom à Orson, un chef normand. Celui-ci fit construire un pont sur le Couesnon en 1031 à la demande de Robert le Diable, père de Guillaume le Conquérant. L’ouvrage permit à ses troupes de traverser la rivière au retour d’une expédition en Bretagne. Par usage, le pont d’Orson a donné son nom à la ville.

L’actuel pont de Pontorson
Le pont d’Orson, sur le Couesnon, se situait à quelques mètres en amont.
Grandeur et décadence
Entre 1590 et 1628, Pontorson fut une place forte protestante. Gabriel Ier de Montgoméry, chef de file du protestantisme, fut nommé gouverneur de la ville après en avoir pris possession en 1590. Le démantèlement de la forteresse de Pontorson et de son château eu lieu à partir de 1623, sous l’ordre de Louis XIII.
L’église Notre-Dame et ses mystères
Ses origines
L’église est une antique demeure, vouée à Notre-Dame. Elle a été bâtie en exécution d’un vœu de Guillaume le Conquérant. L’édifice se compose de styles divers : pur roman, roman de transition, gothique du 13ème et gothique du 15ème. Sa construction a connu plusieurs étapes :
- entre 1050 et 1120 : le chœur, les croisillons et les bases de la tour. Le vitrail du chœur, situé à droite de l’ancien autel, rappelle l’heureux passage du Couesnon par ses hommes en danger d’enlisement.
- de 1120 à 1150 : la nef avec ses demi-colonnes engagées dans les murs, ses travées carrées et croisées d’ogives à la voûte auxquelles se rattachent les pignons de l’Ouest et les trois portails.

L’église Notre-Dame de Pontorson
L’ensemble roman respire la sobriété, la solidité et l’équilibre des volumes y est remarquable. De la structure générale de se dégage tout à la fois une impression de force et de robustesse, de recueillement et de mystère…
Les évolutions
- en 1220 : l’autel primitif situé au fond du chœur daterait de cette époque. Il serait contemporain au cloître gothique du Mont Saint-Michel. C’est une simple table de granit posée sur une pierre d’angle et deux colonnettes. Le tabernacle est placé à gauche de l’autel, creusé dans le mur du chevet. Il est fermé par une belle grille en fer forgé, de même que l’armoire oblongue qui l’avoisine et qui sert maintenant de reliquaire. A droite de l’autel primitif, le vitrail est une reproduction d’un fragment de la tapisserie historique de la Reine Mathilde, conservée au musée de Bayeux. A l’intérieur de la nef, resplendissent quelques chapiteaux animaliers à peine indiqués, mais très beaux.
Les dalles de granit que l’on foule sont des pierres tombales provenant de l’ancien cimetière qui entourait autrefois l’église (certaines sont datées).
- de 1381 à 1418 : concerne la partie gothique. On perce la grande fenêtre du chœur afin d’obtenir plus de clarté dans l’édifice. On procède ensuite de même dans les croisillons Nord et Sud. On surélève le pavé du chœur et on aménage une gracieuse crédence pour la desserte du maître-autel.
- vers 1400 : On construit la chapelle Saint Jean, parallèle au chœur, avec lequel elle communique par une arcade gothique. En 1402, le seigneur Robert MONFLARD et son épouse font sculpter le magnifique retable qui ornemente le fond. Taillé dans la pierre blanche, il retrace en 22 compartiments la « Passion du Christ et sa Résurrection ». Au moment des guerres de religion et lors de la Révolution a eu lieu une mutilation systématique de toutes les têtes des personnages. Ce fut une splendeur, à en juger par les vestiges qui demeurent. Les Pontorsonnais l’appelaient le « Retable des Saints Cassés ».
- en 1627 : On édifie le beffroi gothique, clocher « à bâtière » bien Normand, qui ne sera achevé que cette année là. Deux chapelles ogivales flanquent la nef au Nord et au Sud.
- en 1853 : A l’entrée du transept gauche se trouve le lutrin à l’aigle impérial, en bois sculpté et doré. Il a été fait par Piel, à Martigny.
- vers 1700 : Une Vierge en bois du 18ème siècle, vénérée sous le vocable de Notre-Dame, située dans la petite chapelle Nord, au dessus de l’autel, mérite aussi d’être remarquée. Elle échappa à la mutilation pour avoir été coiffée du bonnet phrygien par un astucieux bourgeois de la cité, qui la présenta aux « sans culottes » comme Marianne, la personnification vénérée de la 1ère République.
L’énigme
La porte d’entrée Sud est ornée en son tympan d’une sculpture dont la signification reste à ce jour encore à découvrir. Certains historiens y on vu la fable de Prométhée ? Pélican ? On ne sait !
La façade Ouest, flanquée de deux tourelles romanes avec sculptures variées, est unique en Europe, au dire des archéologues. Commencée en 1974, la restauration intérieure de cet édifice a été achevée au mois de Mai 1976.
La Maison « Romane »,
Hôtel Guischard de la Ménardière
La construction est d’une technique très analogue à celle des parties primitives de l’Abbaye Blanche à Mortain, qui date de 1105. Les arcades si caractéristiques d’aspect datent sans doute du début du 12ème siècle, d’après Emile Barbé, l’ancien Conseiller des Cours d’appel Coloniales.
Cette habitation a été morcelée en 1851 en deux logements : le n°38, et le n°36, qui représente la plus grande partie. Un comble en ardoises, fort aigu, avec rampants de granit, apporte la marque des 15ème et 16ème siècles. Les élégantes souches de cheminées datent du 18ème siècle.
Quand il n’y avait qu’une unique et même demeure, il existait un escalier monumental que l’on pouvait gravir à cheval. Sous Louis-Philippe, l’intrigante façade fut dissimulée en totalité derrière des plâtras badigeonnés à la chaux et des imitations de granit.
Avant 1851, selon un témoin, la galerie était divisée en échoppes. Un maréchal-ferrant travaillait dans l’une de celles-ci.
De 1851 jusqu’à 1925, à l’époque où ces faux décors furent ôtés, nul ne pouvait soupçonner la colonnade ou la galerie. Le tout avait été recouvert d’une fausse façade qui en supprimait les reliefs.

La Maison Romane de la Rue Saint-Michel.
Les ouvrants des fenêtres du premier étage sont du 13ème siècle, l’état ancien fut tout autre. La construction avoue des origines des 14ème et 15ème siècles. Les deux ailes sont des constructions ordinaires du 18ème siècle.
Du jardin, on peut apercevoir une inscription sur le linteau de la porte, elle date du temps où il y avait une seule et grande maison, il s’agit de l’inscription de la famille Guischard en 1719. La façade de l’hôtel est celle d’une très plaisante habitation du 18ème siècle, gaie, largement percée de belles fenêtres. Ces dernières, ornées de balcons en fer forgé, sont de style Régence.
M. Barbé écrivait « Ne faudrait-il pas reconnaître dans les vestiges romans de la rue Saint-Michel l’hôpital originel de Pontorson ? » Celui-ci aurait été transporté depuis sur la rive gauche du fleuve, là où nous le voyons aujourd’hui.
La famille Guischard était très importante à Pontorson. L’un de ses membres fut compté parmi les grands esprits scientifiques du 16ème siècle. La réputation de la famille dépassa les imites du royaume. Ses membres se marièrent avec ceux des autres grandes familles nobles de la région.
A l’intérieur, il y a encore de belles boiseries inspirées de Versailles et « fouillées » par un maître du ciseau. En plus d’une copieuse et fort belle mouluration. Il complète noblement un ensemble digne à tout égard d’être classé, et en fort bon lieu, parmi les monuments historiques.